"Le football est un moyen mais aussi un prétexte pour faire du social", explique Christophe Aubin, travailleur social et vice-président de "Remise en jeu", collectif d'associations de réinsertion qui organise ce tournoi entre équipes de "football solidaire".
"Le but est de leur permettre, malgré leur situation de vie difficile, de pratiquer une activité sportive pour aller mieux, pour remettre le corps en mouvement. Et quand le corps va bien, la tête va mieux aussi", ajoute-t-il.
Une vingtaine d'équipes de structures sociales telles que le Secours Catholique ou Emmaüs, venues pour la première fois de toute la France, participaient samedi matin à ce tournoi.
Au delà d'une simple activité sportive, le football permet aussi de réapprendre certaines valeurs de la vie en société. "Ces gens vivent de manière très individuelle. La vie à la rue est très dure et ils sont obligés de se battre, donc l'équipe leur apprend la dimension collective", note M. Aubin.
"Je joue au foot pour ne pas être seul, c'est une famille. Parce que la solitude, c'est dur", confirme David Tahar, 43 ans, qui vit en centres d'hébergement en Alsace après être "tombé dans l'alcool" il y a cinq ans.
"Et ce tournoi, c'est très important, ça permet de se libérer, de rencontrer d'autres gens dans la même situation, de créer des liens. Et de voir Paris", ajoute-t-il en agitant au bord du terrain une cigogne en peluche pour soutenir ses coéquipiers.
Le tournoi permettra de sélectionner les 8 joueurs qui partiront au Brésil pour la 9e Coupe du monde des sans-abris (18-26 septembre), un tournoi de football de rue à 4 contre 4.
"J'espère bien pouvoir y aller à la coupe du monde!", s'enflamme Cheick, qui se qualifie lui-même de "sans domicile fixe". "Je jouais au foot chez moi au bled, ça a changé ma façon de vivre de pouvoir rejouer", ajoute ce Guinéen de 34 ans.
Mais le jeune homme, qui avait demandé l'asile politique en arrivant en France il y a quatre ans, est en situation irrégulière et ne pourra donc pas être retenu dans la sélection.
Malgré tout, le simple fait de s'entraîner toutes les semaines avec une équipe, de faire des matches, de participer à ce tournoi "leur permet d'exister, c'est valorisant", explique Sethuranman Kaneson, éducateur sportif à l'association Caritas à Mulhouse.
Les quelques uns qui iront à Rio peuvent même espérer un peu plus. "Pendant la Coupe du monde, ça arrive que les enfants leur demandent des autographes. Ca leur donne un sentiment d'appartenance qui est très important, même s'ils ne sont pas Français", raconte M. Aubin.
"C'est un honneur de représenter la France", confirme Adotevi Abossey, réfugié politique togolais de 27 ans, qui faisait partie de l'équipe de France en Australie en 2008.
"C'est la fierté et le rêve le plus fou au monde pour moi", ajoute le jeune homme, qui vient de terminer une formation de peintre-décorateur mais n'a toujours ni travail, ni logement.
S'il ne participe pas au tournoi, "pour laisser la place aux autres", il s'engage malgré tout cette année comme bénévole.
Et peut-être sera-t-il un des 700 bénévoles nécessaires pour la 10e Coupe du monde des sans-abris qui sera organisée en 2011 à Paris, sur le Champ de mars.
"Remise en jeu" prépare d'ores et déjà cet événement où 70 pays sont attendus. Mais le collectif veut aller au-delà, en mettant en place notamment prochainement un championnat entre équipes de "football solidaire" dans sept régions de France.
